Archives de catégorie : Appel à candidature

AAC : Le CEFRES recrute un(e) assistant(e) de direction

Date-limite des candidatures : 31 août 2021 à 17h
Contrat de droit local tchèque à durée déterminée (1 an) renouvelable
Temps plein (37 heures hebdomadaires)
Poste à pourvoir dès que possible
Lieu de travail : CEFRES, Na Florenci 3, Prague 1
Salaire brut : 32 315,- CZK

Sous l’autorité directe du directeur du CEFRES, l’assistant(e) de direction assistera le directeur dans l’exercice de ses fonctions.

Compétences :
  1. contribuer à l’organisation des manifestations scientifiques du Centre, en lien avec ses partenaires tchèques et étrangers ;
  2. assister le directeur dans sa gestion courante du CEFRES (correspondance, comptabilité, etc.) ;
  3. contribuer à l’animation numérique du centre (site Internet trilingue, newsletter, carnet de recherche, page Facebook, etc.) ;
  4. traduire des documents du tchèque au français et réciproquement ;
  5. assurer la liaison entre l’administration du CEFRES et les administrations des partenaires académiques ;
  6. participer à l’encadrement des stagiaires du CEFRES ;
  7. assurer l’accueil du CEFRES aux visiteurs extérieurs.

Profil souhaité : 

  • études supérieures en sciences humaines et sociales (niveau master 2) ;
  • expérience administrative dans le montage d’événements et de projets scientifiques en République tchèque ;
  • connaissance du système et des institutions d’enseignement supérieur et de recherche de République tchèque ;
  • sens des responsabilités et du travail fini ; rigueur et curiosité intellectuelle ; ponctualité et sens des formes ;
  • langue maternelle tchèque ou slovaque, pratique courante du français et de l’anglais ;
  • maîtrise des outils informatiques (Pack Office, gestion d’un site Internet, etc.).

Les candidatures (lettre de motivation et CV) sont à adresser avant le 31 août 2021 à l’attention de M. Jérôme Heurtaux, directeur du CEFRES, par mail à l’adresse : jerome.heurtaux@cefres.cz. Les candidats présélectionnés seront auditionnés par un comité de recrutement.

AAC : Deux post-doctorats au CEFRES cofinancés par l’Université Charles

Deux post-doctorats au CEFRES cofinancés par l’Université Charles

Date-limite de dépôt : 29 juillet 2021 (minuit)
Période concernée : 1er janvier 2022—31 décembre 2023
Langue de candidature : anglais
Adresse de candidature : jerome.heurtaux@cefres.cz (veuillez mettre en copie : claire@cefres.cz)

Deux chercheurs post-doctorants seront recrutés à compter du 1er janvier 2022 pour deux ans au CEFRES. Ils seront affiliés au centre et à un département de l’Université Charles pertinent pour leurs recherches. Les deux post-doctorants seront recrutés sur la qualité de leur projet de recherche. Les résultats seront publiés courant octobre 2021.  

1. Axes de recherche du CEFRES

Le premier post-doctorat est destiné aux chercheurs dont le projet de recherche peut s’inscrire dans l’un des 3 axes de recherche du CEFRES :
Axe 1. Déplacements, dépaysements et décalages : hommes, savoirs et pratiques
Axe 2. Normes & transgressions
Axe 3. Objets, traces, mises en carte : espaces au quotidien

Les recherches dont l’objet est situé dans l’espace de l’Europe centrale, à la jonction de cet espace et d’autres espaces ou encore en comparaison avec d’autres “aires culturelles”, seront privilégiées.

2. Projet de recherche : programme TANDEM

Un concours spécifique est organisé pour recruter un second chercheur en post-doctorat dont les travaux abordent le thème ci-dessous. Le candidat retenu travaillera en association avec un chercheur de l’Académie tchèque des sciences et un chercheur affecté par le CNRS dans le cadre du programme TANDEM.

Le CEFRES recrute un chercheur détenteur d’un doctorat pour conduire une recherche (études de cas qualitatives) et s’impliquer dans un travail de mise en réseau (organisation de séminaires et d’ateliers) et de communication dans le cadre du projet „Home beyond species“. Le projet examine les implications théoriques et pratiques de la reconnaissance et de l’étude du foyer domestique plus qu’humain, de l’interaction des humains et des non-humains  en lien avec les pratiques quotidiennes et le domaine des idées. Il interroge le concept de foyer domestique aussi bien du point de vue des spécialistes que des non-spécialistes.

Le post-doctorant doit disposer d‘une expérience de recherche autonome dans le domaine des sciences sociales (anthropologie, géographie sociale et culturelle, sociologie, ou domaines connexes). Il aura par exemple mené un projet de recherche individuel, publié dans des revues scientifiques, enseigné à l’université.

Les candidats sont invités à prendre contact avec M. Petr Gibas avant de postuler pour toute question relative à leur candidature, à l’adresse suivante : petr.gibas[at]soc.cas.cz.

Dossier de candidature

Les candidats doivent soumettre le dossier de candidature complet constitué des éléments suivants :

  • le formulaire de candidature dûment rempli : télécharger ici. Ce formulaire inclut la description du projet de recherche, lequel doit :
    • pour les candidats au programme TANDEM spécifier le nom du projet de recherche, pour les autres candidats l’axe de recherche, dans le cadre duquel vous postulez et expliquer comment votre recherche y contribue.
    • inclure une explication sur la méthodologie et l’originalité de votre recherche, de même qu’une bibliographie qui n’excédera pas une page.
    • inclure les délivrables prévus (publications, colloques ou ateliers, etc.).
  • une lettre de recommandation de l’ancien directeur de thèse : télécharger ici. La lettre doit comprendre une déclaration mentionnant le titre de la thèse, la date de soutenance, etc.
  • un CV détaillé
  • une liste de publications
  • une copie du diplôme de thèse

Les dossiers de candidature doivent être envoyés d’ici le 29 juillet 2021 par voie électronique dans un mail intitulé “NOM DE FAMILLE_CEFRES-UK” à l’adresse : jerome.heurtaux@cefres.cz (et en copie à : claire@cefres.cz). Merci d’envoyer le formulaire de candidature en PDF et sous format Word. Les candidats sont invités à contacter les chercheurs porteurs des projets de recherche auxquels ils postulent avant d’envoyer leur candidature.

Critères d’éligibilité

  • être un jeune chercheur de haut niveau ayant soutenu sa thèse pas plus de 10 ans avant la date-limite de candidature dans une université en dehors de République tchèque
  • conduire une recherche qui contribuera (pour les candidats au programme TANDEM) à l’un des projets de recherche décrits ci-dessus ; (pour les autres) à l’un des axes de recherche du CEFRES
  • avoir une bonne maîtrise de l’anglais

Cadre des post-doctorats cofinancés par le CEFRES et l’Université Charles (UK)

En tant que partenaire de la Plateforme CEFRES, l’Université Charles recrute deux post-doctorants d’excellence qui ne sont pas de nationalité tchèque et qui ont soutenu leur thèse en dehors de la République tchèque. Il seront affectés au CEFRES. Ce recrutement s’inscrit dans le cadre du Fonds de recherche internationale post-doctorale de l’Université Charles. Ces deux postes sont des CDD d’un an renouvelable et débutent au 1er janvier 2022 au CEFRES. Le salaire brut est de 32 000 CZK par mois. Les post-doctorants CEFRES-UK seront affiliés au CEFRES et à un département de l’une des facultés de SHS de l’UK en fonction de leur discipline principale. Il est attendu des post-doctorants que :

  • pour les candidats au programme TANDEM, ils contribuent par leurs recherches au projet de recherche auquel ils ont postulé ; pour les autres, à l’un des axes de recherche du CEFRES
  • ils participent à la vie scientifique du CEFRES
  • ils soumettent un rapport annuel sur l’avancement de leurs travaux au directeur du CEFRES
  • ils s’installent à Prague à partir du 1er janvier 2022.

Les appels à candidature sont publiés également sur le site de l’Université Charles. Le CEFRES fera partie des institutions d’accueil du programme Post-Doc Research Fund.

AAC – École d’été – Narrer l’histoire. Récits, disciplines, regards croisés

Appel à candidature pour la XXème Université Européenne d’Eté (UEE) du réseau OFFRES (Organisation francophone pour la formation et la recherche européennes en sciences humaines)

Organisateurs : Université Charles de Prague, Université Catholique de Lyon, CEFRES
Date limite d’envoi des candidatures : 31 mai 2021
Date : 5-9 juillet 2021
Lieu
: en ligne
Comité scientifique :
Pour le réseau OFFRES : Chiara Mengozzi, Chiara Pesaresi
Pour le CEFRES : Jérôme Heurtaux
Pour vous inscrire, téléchargez le formulaire d’inscription.

Vous trouverez ci-dessous :

Argument scientifique

Le texte de l’arguement scientifique est téléchargeable ici.

Cette Université d’été entend répondre à l’urgence théorique, éthique et politique de repenser le rapport à notre passé ainsi qu’aux différentes manières de l’écrire et de le transmettre.

La pluralité de mémoires qu’implique une société dans laquelle cohabitent des populations culturellement et parfois ethniquement différentes et les controverses mémorielles qui surgissent dans de nombreux pays, incitent à repenser notre rapport à l’histoire. La « mémoire nationale », mise à mal par l’émergence de contre-narrations nouvelles et souvent critiques, est, quand elle n’est pas en lambeaux, l’instrument de projets politico-identitaires qui ramènent l’histoire au cœur du débat public. Se pose ainsi la question du rapport entre héritage culturel et science historique, mais aussi celle du rôle de l’historiographie et de la narration du passé dans le processus de construction des identités nationales. En littérature, il s’agira d’enquêter sur les différentes formes de narration de l’histoire et d’interroger les frontières entre œuvre historiographique et texte littéraire, vérité historique et fiction. A l’heure de la fin des grands récits et des idéologies qui caractérisaient la philosophie de l’histoire au XIXème siècle, on pourra également se demander s’il est encore possible de parler d’une histoire humaine, et surtout d’un sens de l’histoire. Ces questions s’imposent dans toute réflexion portant sur le rapport de l’homme à son passé et à sa temporalité, sur l’histoire des événements et des faits qui marqueraient le évolution de l’humanité. Comment les sciences sociales, enfin, peuvent-elles affronter ces passés recomposés, éclairer les enjeux du présent au prisme d’un passé reconstitué voire faire de la mémoire un terrain de l’enquête historique ?

Cette université d’été réunira des spécialistes francophones de diverses disciplines, telles que l’histoire, la géographie, la sociologie, la science politique, l’anthropologie, la philosophie, la littérature, le cinéma afin de faire dialoguer leurs approches et leurs méthodes autour des problèmes évoqués.

Quelle philosophie de l’histoire aujourd’hui ?

L’expression « philosophie de l’histoire », introduite par Voltaire en 1765, désignait au XIXe siècle les différentes tentatives, souvent ouvertement idéologiques, de repérer la nature profonde du mouvement historique. Les philosophies modernes de l’histoire, tant idéalistes que matérialistes, font de l’histoire un progrès linéaire, contre toute vision cyclique du temps historique, propre par exemple à la pensée grecque, et qu’on retrouve également dans l’idée de Giambattista Vico des « cours et recours historiques » (Scienza nuova), ainsi que dans l’expression de « l’éternel retour » de Nietzsche.

On assiste actuellement, sur la scène mondiale, à un retour de la « philosophie de l’histoire », ce mode de philosopher qui avait disparu depuis les désillusions des années 1980, sinon depuis la disparition de Marx et d’Engels à la fin du XIXe siècle.

Ce retour est occasionné, et même rendu nécessaire, non plus par une espérance (comme c’était le cas chez Ernst Bloch), mais par des inquiétudes, celles qui sont suscitées par les périls écologiques (et donc inévitablement politiques) contenus dans la poursuite en Occident, et même dans l’extension (pour une part légitime) au reste du monde, d’un développement économique fondé sur le productivisme et le consumérisme.

La prise de conscience de ces périls a engendré une abondante littérature en sciences humaines, dont l’outillage conceptuel comprend les notions (revisitées ou nouvelles) de catastrophe, d’« anthropocène » ou d’effondrement (« collapsologie »), et dont le degré de pessimisme varie de l’appel à la prise de responsabilité individuelle et collective, jusqu’à la résignation devant l’apocalypse annoncée, en passant par la pratique de l’« heuristique de la peur » (Hans Jonas, inversant Ernst Bloch) et par la recherche de solutions politiques et économiques radicales (telles que la constitution d’instances souveraines mondiales et la mise en cause de la croissance comme impératif de développement).

En réaction à cette littérature, un courant philosophique et scientifique s’est fait jour (David Deutsch, Le commencement de l’infini, 2016 ; Steven Pinker, Le triomphe les Lumières, 2018), qui vise, non pas à minimiser les dangers auxquels l’humanité fait face, mais à dévoiler les biais cognitifs qui poussent à les exagérer, et à montrer dans quelle mesure (toute relative) ils peuvent être surmontés. Ce courant se réclame ouvertement des Lumières du XVIIIe siècle, et du contexte intellectuel européen, précisément, dans lequel est apparue la philosophie de l’histoire (éclipse de l’eschatologie du salut, idée que les phénomènes humains ne constituent pas un simple chaos spatio-temporel, hypothèse selon laquelle l’humain ne peut se réaliser qu’en tant qu’espèce).

C’est en réponse à ce second courant de pensée, dont l’optimisme peut parfois paraître inconséquent (du fait d’invocations unilatérales au « progrès »), qu’il importe de mener une réflexion sur la question même de la philosophie de l’histoire, réflexion qui devra éviter à la fois l’écueil d’un pessimisme paralysant pour la décision politique, et celui d’un optimisme inattentif aux véritables obstacles qui se tiennent devant la possibilité de conserver, pour l’Occident, son modèle actuel de développement.

Si les grandes philosophies de l’histoire du XIXe avaient pour but l’identification d’une direction ou d’un sens dans la succession des événements humains, le XXe siècle marque au contraire la critique radicale de toute forme d’historicisme, et conjointement la crise de l’idée d’un progrès historique conçu comme nécessité inéluctable. Le chemin de l’humanité n’est guidé par aucune perspective ultime : penser une téléologie de l’histoire reviendrait en effet à faire une « mauvaise métaphysique » (c’est l’idée de Karl Popper) que rien ne justifie.

Mais est-il encore possible aujourd’hui, dans le monde post-idéologique du capitalisme globalisé, de repérer un sens dans le mouvement historique ? La crise de l’idée de progrès décréterait-elle l’impossibilité même de poser la question du sens de l’histoire ?

En 1979, Jean-François Lyotard a montré que la sortie de la modernité impose à l’humanité occidentale de repenser radicalement le rapport à son propre passé, à l’histoire et jusqu’au sens de cette notion. La crise des « grandes narrations » de la modernité, qui attribuaient à l’Occident une « bonne fin éthicopolitique » (La condition postmoderne), détermine donc également la crise de l’Occident dans son identité même. Après les totalitarismes, la Shoah, la « mort de Dieu », est-il possible (et comment) de penser encore quelque chose comme une histoire collective de l’humanité occidentale ?

Ces mêmes questions sont posés par le philosophe tchèque Jan Patočka. « L’histoire a-t-elle un sens ? » est le titre de l’un des Essais hérétiques sur la philosophie de l’histoire, publiés clandestinement en 1975. A l’issue de l’ère des totalitarismes, à l’époque des grandes désillusions et du désenchantement postmoderne, Patočka repense l’histoire comme le renversement perpétuel du sens reçu et accepté, c’est-à-dire comme ouverture de l’existence collective à la problématicité. Cette exposition à la perte de sens propre de la condition historique n’est pas pour lui la voie privilégiée du nihilisme mais au contraire l’appel à un renouvellement communautaire du sens, à travers la solidarité qui s’établit parmi ceux dont l’horizon de vie a été ébranlé.

L’histoire est ainsi la sortie de la banalité d’une vie acceptée de manière naïve et immédiate et la réinstallation de l’existence commune dans l’horizon de la « problématicité ». Si l’homme préhistorique vit dans un rapport fusionnel et non interrogé avec son monde environnant (rapport qui s’exprime dans le mythe), l’entrée dans l’histoire est déterminée par la vie communautaire, l’établissement d’une mémoire collective et la naissance de la philosophie, qui fait du sens non pas une réponse mais un questionnement sans fin.

Philosophie et politique seraient donc co-fondatrices de l’histoire, entendue non comme la suite des événements, mais comme « le domaine de l’action à partir de la liberté ». Ceci est donc l’enseignement des Essais hérétiques que nous lègue le Socrate de Prague : si la philosophie découvre la liberté comme une possibilité jamais conquise une fois pour toutes mais à réaliser toujours de nouveau, la politique est cette même liberté mise en œuvre, que le mouvement historique recueille sans que nous puissions la synthétiser dans une compréhension univoque.

Histoire et fictions

La fin des grands récits, d’une part, et le tournant linguistique et narratif en sciences humaines et sociales, de l’autre, ont conduit l’histoire et la littérature à redéfinir leurs frontières respectives, en ouvrant la voie à de nouveaux antagonismes, ainsi qu’à des croisements inédits et féconds.

Si avant ces tournants théoriques, il était encore possible de distinguer une œuvre historiographique d’un texte littéraire selon des conventions consolidées par la tradition, aujourd’hui les lignes de partage entre les deux nous apparaissent comme étant beaucoup plus fluides et beaucoup plus difficiles à discerner de manière nette.

S’il est vrai que la critique de l’objectivité de l’histoire remonte déjà au XIXe siècle (Marx, Nietzsche), il n’en reste pas moins que les années 70 du siècle dernier constituent un moment charnière dans l’historiographie occidentale. Après la publication en 1973 de Metahistory par Hyden White, il est devenu impossible d’ignorer les aspects rhétoriques et linguistiques de l’écriture historiographique, ainsi que les différentes formes de « mise en intrigue » qui transforment les faits en événements en attribuant une signification, une valeur et une cohérence à des matériaux sinon dénués de sens. Certes, les dérives constructivistes n’ont pas fait défaut, mais au-delà des différends stériles entre ceux qui ont embrassé une idée d’histoire radicalement postmoderne et les derniers défenseurs du « réalisme naïf », il importe de souligner que les historiens n’ont jamais perdu toute confiance dans la nature référentielle du signe et tiennent pour acquis que le passé, qu’il soit collectif ou personnel, n’est pas exclusivement le résultat d’une fabrication à posteriori (un exemple entre tous : Carlo Ginzburg). Eux aussi ont fini par s’engager sur le versant littéraire, en invitant leurs collègues à expérimenter de nouvelles formes de narration de l’histoire.

La littérature, de son côté, a répondu à la remise en question des frontières entre « fait » et « fiction » en déployant toute une panoplie de genres « mixtes », allant du roman méta-historique à la docu-fiction, du docu-drama à la fact-fiction, ou en se livrant à des œuvres contrefactuelles, fantahistoriques, uchroniques. Bien évidemment, toutes ces pratiques d’écriture ne s’équivalent pas. À la critique revient alors la tâche de séparer le bon grain de l’ivraie, c’est-à-dire de comprendre si et quand ces écritures hybrides aboutissent à des mystifications renforçant un imaginaire consolateur, régressif et déresponsabilisant (voir à ce propos le succès des récits de complots sur les thèmes les plus variés, du terrorisme international aux catastrophes environnementales), et quand, par contre, les procédés de contamination entre les documents d’archives et les épisodes inventés servent à interroger les mécanismes de construction de la réalité à l’époque de sa médiatisation, à stimuler nos compétences herméneutiques, à nous rendre conscients de la quantité d’opérations (de sélection, de montage et d’agencement) auxquelles les « données » sont inévitablement soumises, y compris dans les genres qui aspirent à la référentialité.

Une autre manière, pour la littérature, d’entrer en concurrence féconde avec l’histoire consiste à dépasser l’ironie postmoderne pour donner lieu à des formes originales d’engagements envers la réalité — en faisant de la littérature ou du cinéma les lieux privilégiés pour élaborer les traumatismes de l’histoire récente ou lointaine —, pour faire émerger ce que l’histoire officielle a réduit au silence, pour récupérer la mémoire et l’action des exclus, des marginaux, des dominés, des colonisés, bien que cette tâche soit difficile et parsemée d’embûches (les écritures migrantes et postcoloniales en sont des exemples).

Dès lors, des questionnements nouveaux se font jour : de quelle manière faut-il concevoir le rapport entre vérité historique et fiction littéraire ? Et entre faits, mémoires et fictions ? Comment écrire l’histoire à une époque où la confiance dans les grandes narrations d’émancipation semble brisée ? Comment souscrire au caractère pluriel et narratif de l’histoire sans pour autant mettre sur le même plan les discours historique et littéraire ? Quelle est la valeur de vérité inhérente aux nouvelles formes de romans historiques qui confondent délibérément les plans fictionnel et référentiel ? Peut-on relire les archives « à contre-courant » pour accorder une place à tou-te-s celles et ceux qui ont été relégué-e-s aux oubliettes de l’histoire ?

Les sciences sociales comme sciences historiques

Les sciences sociales sont des sciences historiques, car elles travaillent une matière composée d’histoire, au sens d’une factualité inscrite dans un contexte particulier, même quand leur objet est situé dans le temps présent. Peu versées dans la prospective, les sciences sociales font leur miel de ce qui advient ou est déjà advenu. Tout est pour elles, en somme, potentiellement de l’histoire, au point qu’on ne sait plus très bien ce qui distingue l’historien de ses collègues sociologues, anthropologues ou politistes. Les incursions des historiens en sociologie (Paul Veyne) et dans le temps présent croisent celles des tenants de la socio-histoire du politique et des spécialistes des genèses des phénomènes sociaux contemporains. L’histoire n’est pas seulement factuelle, elle problématise : les concepts comptent autant que les faits. La sociologie n’est pas qu’abstraite, elle s’appuie sur des faits pour démontrer la véridicité de ce qu’elle avance : les faits comptent autant que les concepts. Penser que l’histoire n’est pas la propriété des historiens, c’est reconnaitre que les autres praticiens des sciences sociales (anthropologues, sociologues, politistes, etc.) envisagent le contexte historique de leur objet, en retracent parfois la genèse ou puisent dans le passé pour éclairer leur présent. Les sciences sociales entretiennent donc un commerce constant avec la matière historique, offrant toutefois une variété de récits possibles, tant divergent les modalités d’appréhension des faits historiques que les procédés narratifs.

Qu’est-ce qu’en effet un fait historique pour un praticien des sciences sociales ? Comment en particulier envisage-t-il et qualifie-t-il « l’évènement » ? Comment ensuite appréhender l’évènement sans retomber dans les ornières de l’histoire-bataille,  dés-évènementialiser l’évènement sans le dissoudre dans une histoire processuelle ? La sociologie des conjonctures critiques ou des situations révolutionnaires, par exemple, offre de multiples façons de circonscrire et borner temporellement, de qualifier voire disqualifier, ces changements politiques de grande ampleur. Mais d’autres objets historiques méritent également un croisement des regards et des disciplines.

Quelles méthodes mobiliser ? La multiplication de sources aussi diverses que possible est devenue la règle : autobiographies, mémoires, sources iconographiques ou audiovisuelles, archives, entretiens permettent d’appréhender un évènement historique par le prisme de multiples points de vue. Cet éclectisme méthodologique, qui n’est pas un exceptionnalisme méthodologique adapté à des situations réputées peu ordinaires, apparait comme une stratégie de contournement de possibles interprétations de sens commun. Pourtant, chaque discipline a ses méthodes de prédilection : faut-il s’en réjouir ou favoriser un pluralisme intégral dans les stratégies de recherche ?

Comment enfin écrire, narrer, transformer la réalité en un texte intelligible et aussi vraisemblable que possible ? Comment restituer dans un langage académique, par exemple, une révolution sans risquer de l’assécher, en ignorant les passions soulevées et les subjectivités mises à l’épreuve ? Quelles stratégies langagières, voire éditoriales, sont nécessaires pour donner à voir la richesse souvent incommensurable des faits historiques ?

Ce sont autant de questions que notre université d’été souhaite explorer en profondeur, en conjuguant des réflexions méthodologiques et épistémologiques et des études de cas, qui nous permettront (aussi) d’aborder les dynamiques de circulation, de diffusion et de patrimonialisation de l’histoire, les manières dont les historiens et les littéraires instaurent un dialogue avec la société et le large public, et les raisons se trouvant à l’origine du grand succès que les narrations fictionnelles de l’histoire (qu’elles soient littéraires ou cinématographiques) connaissent aujourd’hui, à une époque où, paradoxalement, la possibilité de conserver, dans un espace virtuel, chaque geste quotidien, aussi insignifiant soit-il, s’accompagne d’une lacune de mémoire, de conscience historique et de conscience collective.

Méthodologie générale de l’UEE

Bien que, contrairement aux années précédentes, cette édition se déroule en ligne, les activités comprennent, comme lors des précédentes éditions de l’UEE, des conférences plénières (le matin) et des ateliers thématiques (l’après-midi). Chaque conférence, d’une durée de 30 min., sera suivie d’une discussion avec la salle d’environ 20 minutes. Quant aux ateliers thématiques, les responsables d’ateliers prendront contact avec les participants quelques semaines avant le début de l’UEE, et pourront les réunir pour préciser les modalités de déroulement de l’atelier et pour entamer le travail sur les textes et matériels choisis. Ce travail préparatoire et la mise en commun pendant les trois jours d’atelier aboutirons à la présentation finale des résultats et éventuellement à la rédaction d’un texte qui sera mis en ligne sur le site du réseaux OFFRES.

Les ateliers  se tiennent en parallèle sur toute la durée de l’UEE et se déroulent en cinq séances réparties comme suit (proposition non contraignante) :

  • 3 séances de travail en équipe (5-7 juillet) ;
  • 1 séance de rédaction en commun (8 juillet) ;
  • 1 séance plénière de présentation des résultats des ateliers (9 juillet).

Liste des ateliers

Voir ici les argumentaires détaillés et les bibliographies des ateliers.

ATELIER N° 1 –  Régimes politiques hybrides. L’histoire récente des démocraties autoritaires
Responsables d’atelier :
Diana Margarit (Université Alexandru Ioan Cuza de Iasi)
Corneliu Bilba (Université Alexandru Ioan Cuza de Iasi)

ATELIER N° 2  – Quand les idées philosophiques rencontrent les récits historiques
Responsables de l’atelier :
Michal Kozlowski (Université de Varsovie)
Radmila Jovanovic Kozlowski (Université de Zagreb)

ATELIER N° 3 – Science-fiction et conflits sociaux : altérité, marginalisation, dynamiques intersectionnelles
Responsable d’atelier :
Daniele Comberiati (Université Paul-Valéry Montpellier 3)

ATELIER N° 4 – Histoire et Pop culture : des relations en mutation, une ambiguïté cultivée
Responsables d’atelier :
Pierre-Guillaume Paris
Thomas Vogel

ATELIER N° 5 – Les pirates ont-ils une histoire ? Faire et défaire l’histoire (politique) à partir des marges… liquides
Responsables d’atelier :
Momchil Hristov (Sofia)
Orgest Azizaj (Tirana/Paris)

Pour vous inscrire, téléchargez le formulaire d’inscription.

AAC – Séjour de recherche et d’enseignement à l’EHESS

Appel à candidature : séjour de recherche et d’enseignement à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris.

Dans le cadre de la convention de coopération entre l’EHESS, le CEFRES, l’Université Charles de Prague et l’Académie tchèque des sciences, conclue dans l’objectif d’intensifier les échanges scientifiques franco-tchèques dans le domaine des sciences humaines et sociales, l’EHESS propose l’accueil d’une ou d’un enseignant/e-chercheur/se de l’Université Charles ou de l’Académie tchèque des sciences pour un mois effectué entre octobre et décembre 2021.

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AAC – Programme TANDEM CNRS / AV ČR 2022-2024

Le Centre français de recherche en sciences sociales (CEFRES) à Prague, USR CNRS 3138, le CNRS et l’Académie tchèque des sciences (AV ČR) lancent leur 3e appel à candidatures pour le programme incubateur « TANDEM ». « TANDEM » est un programme de la « Plateforme CEFRES » qui vise l’excellence scientifique dans les domaines des sciences humaines et sociales.

Le but du programme TANDEM est d’associer deux chercheurs, l’un du CNRS, l’autre de l’AV ČR, autour d’un projet de recherche commun dans le but de déposer un projet ERC (de préférence pour le synergy grant, mais aussi starting, consolidator, advanced grants). Toutes les disciplines des sciences sociales et humaines sont bienvenues.

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AAC – Aides doctorales de la Plateforme CEFRES 2021

Appel à candidature à destination des doctorants de 2e année et plus de l’Université Charles ou de l’Académie des sciences de la République tchèque

Date limite de dépôt des dossiers : 31 mars 2021 (17h)
Période de la mobilité : 1er septembre 2021 – 31 août 2022

Dans le cadre de sa Plateforme, le CEFRES offre un complément financier pour un an à des doctorants en sciences humaines et sociales inscrits à l’Université Charles de Prague et/ou boursiers de l’Académie des sciences de République tchèque, du moment que leur université d’inscription est en République tchèque. Les travaux des doctorants doivent s’inscrire dans l’un des axes de recherche du CEFRES. Le montant des aides est de 10 000 CZK mensuelles pendant 12 mois. La maîtrise de l’anglais est obligatoire, celle du français très appréciée. Les doctorants retenus rejoindront l’équipe du CEFRES et participeront à la vie scientifique du centre.

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