Dépaysements toxiques

Les enjeux (géo)politiques de la nostalgie

Troisième session du Séminaire interdisciplinaire francophone du CEFRES 2025-2026 : Dépaysement : traces & trajectoires.

Lieu : CEFRES, Na Florenci 3, Prague 1
Date : vendredi 12 décembre 2025, à 10 h
Langue : français

Intervenant : Adam Bence BALAZS (Chaire Jean Monnet, Université de Passau)
Discutant : Jay ROWELL (Centre Marc Bloch, Berlin)

Résumé

La nostalgie est à la mode. Motif récurrent des grosses productions de l’industrie culturelle, le concept permet une relecture des grands récits fondateurs (dont L’Odyssée) afin de mieux saisir les phénomènes psychologiques et sociaux que génèrent les défis contemporains que sont les processus migratoires et les questions d’intégration. Entre expériences de l’émigration, de l’exil et du déracinement, la nostalgie se situe d’emblée au croisement de la littérature, du domaine clinique et des interrogations politiques. Mais la nostalgie, au-delà des sentiments personnels et intimes, c’est aussi un fait social (Durkheim), participant des « cadres sociaux de la mémoire » (Halbwachs). Faiblesse collective qui se laisse facilement instrumentaliser par les forces antidémocratiques, le discours nostalgique serait-il un indicateur de dérives autoritaires ? En géopolitique, le regret de la grandeur passée joue un rôle de premier plan. L’Union soviétique dans le discours de Vladimir Poutine, l’Amérique qui se veut « great again », les révisionnismes serbe et hongrois ou encore le concept français de « grandeur » : la multiplication des références vagues au passé glorieux est révélatrice d’un certain malaise face aux défis contemporains. La nostalgie serait-elle, dès lors, une tare politique à l’œuvre dans la confusion multipolaire du monde global, une forme toxique du dépaysement qui mine le sens européen de l’orientation à l’heure des grands défis démocratiques et géopolitiques ?

Adam Bence Balazs (1982) est enseignant-chercheur à la Chaire Jean Monnet de politique européenne de l’Université de Passau. Affilié au Laboratoire du changement social et politique (LCSP, Université Paris Cité) et au Zentrum für Demokratieforschung (Université Andrássy, Budapest), ses recherches portent sur les politiques de la faiblesse dans le jeu international (dans le sillage de Herfried Münkler et de Bertrand Badie), sur le contre-modèle hongrois dans l’Union européenne et sur l’intégration européenne des Balkans occidentaux. Au croisement de la géopolitique et de la philosophie politique, ses travaux interrogent les faiblesses politiques et sociales (dont la nostalgie) en tant que sources et instruments des régimes autoritaires.

Voyez le programme complet du séminaire 2025-2026 ici.