Une journée d’étude coorganisée par le CEFRES, le Comité de coordination pour l’histoire comparative des littératures dans les langues européennes (CHLEL), l’Association internationale de la littérature comparée, l’Union académique internationale et l’Université de Stockholm.
Date : 28 mai 2026, 10 h – 16 h
Lieu : CEFRES, Na Florenci 3, Prague 1
Langue : anglais
Programme
10:00 Ouverture et remarques préliminaires
10:15 Atinati MAMATSASHVILI (Ilia State University Tbilissi)
Real-time Poetry: Life Writing in Ukraine in Response to the Russian Occupier
11:00 Arvi SEPP (Vrije Universiteit Brussel)
Mural Inscriptions as Life Writing: Prisoner Graffiti in Gestapo Prisons in the Third Reich and Occupied Europe
11:45 Petra JAMES (Université libre de Bruxelles)
Engaged l’art pour l’art?
12:30 Déjeuner
13:45 Florian MUSSGNUG (University College London)
Plotting Planetary Time, with Hans Blumenberg
14:30 Gesine MÜLLER (Universität zu Köln)
World Exhaustion and Creation Beyond the Market: Hybrid Latin American Literatures
15:15 Stefan HELGESSON (Stockholms universitet)
Macro-narratives as Method: Intersecting Temporalities of Literature and History
Résumé
Qu’est-ce que la littérature, ou plutôt quelles sont les littératures, au-delà du champ littéraire et de ses règles ? Alors que la sociologie littéraire continue d’explorer les mécanismes qui sous-tendent les carrières (et les échecs) des auteurs dits « mondiaux » (de Casanova 1999 à Sapiro 2024), les spécialistes contemporains de la littérature manifestent un intérêt parallèle pour les formes et les fonctions de la littérature au-delà des limites traditionnelles du champ littéraire: en bouleversant, en élargissant et en transgressant ses conditions.
Au cours des dernières décennies, un nombre important d’études s’est penché sur des domaines jusqu’alors marginalisés que Jacques Dubois qualifiait de « sauvages » dans son ouvrage fondateur Institution de la littérature (1978). On observe un intérêt particulier pour l’exploration de cette voie, notamment en France et en Belgique (voir Saint-Amand 2016). Pour ne citer que quelques études récentes sur la « littérature exposée » (Rosenthal & Ruffel 2018), les chercheurs se sont intéressés aux graffitis et aux inscriptions murales (Sepp & de Mûelenaere 2025), les monuments (Gheerardyn 2015), les slogans révolutionnaires à travers l’histoire (Carle 2019) ou ceux des manifestations récentes (Saint-Amand 2019), ainsi que la poésie sur les réseaux sociaux (Bloomfield 2024), les livres auto-édités et auto-illustrés (Martinelli 2021) ou les études sur les pratiques samizdat derrière le rideau de fer (Camarade et al. 2023, Glanc 2019…), y compris des supports tels que des plaques radiographiques ou des cassettes (magnetizdat, Pehlmann et al. 2023), etc. Et la liste des nouvelles orientations ne cesse de s’allonger depuis que l’intelligence artificielle a fait son entrée (et a bouleversé) la scène (par exemple Gefen 2021).
Quelles sont les raisons qui sous-tendent l’intérêt pour les formes de production littéraire en marge des circuits habituels ? Existe-t-il un lien entre le poids du marché mondialisé du livre de l’ère du capitalisme tardif, avec ses mécanismes, ses hiérarchies, ses prix littéraires, etc., et la volonté d’explorer ce qui relève de la littérature en dehors des cadres imposés par le marché ? Comment pouvons-nous, en tant que spécialistes de la littérature comparée des langues européennes, aborder cette multitude de directions, de formes et de médias en pleine expansion regroupés sous l’étiquette « littérature » ? Quelles formes historiques ou contemporaines de l’institution appelée littérature sont ainsi remises en question : des médias à ses langues, de la production à la réception ? Quelles méthodes, quels outils et quels concepts de la littérature comparée peuvent être mobilisés pour aborder ces galaxies de production culturelle en pleine expansion observées par la littérature comparée ?
Nous espérons que ces exemples vous permettront de trouver un cas, une oeuvre littéraire ou un support qui, d’une manière ou d’une autre, explore ce vaste thème qui présente un intérêt particulier pour un public praguois passionné par la sociologie de la littérature, par un passé riche en livres auto-édités et auto-illustrés, sans oublier l’histoire du samizdat et les archives qui font actuellement l’objet d’une (re)découverte.