En plein essor dans la recherche française et francophone de ces dernières années, l’écologie politique se distingue par une approche du changement climatique comme d’une question fondamentalement politique. Son évolution importante, passant des questions de gouvernance des ressources à une remise en question fondamentale des bases mêmes de nos sociétés, amène aux questionnements nouveaux quant au fonctionnement de nos sociétés et nos cultures à la charnière entre l’humain et le non-humain. Trouvant des échos dans nombreux centres académiques partout en Europe, l’écologie politique est d’autant plus importante aujourd’hui qu’elle se tourne vers la question du vivant – animaux, plantes, sols, écosystèmes – pour comprendre la crise climatique. Dans ce courant de pensée – pour le développement duquel la pensée française et francophone depuis Bruno Latour ou encore Philippe Descola a joué un rôle important –, le changement climatique est posé avant tout comme une crise de nos relations au vivant. Pour la surmonter, nous devons changer fondamentalement notre rapport au vivant pour désapprendre à exploiter le monde afin de l’habiter pleinement et dans toute sa diversité dont l’humain n’est qu’un élément. Ici, la question politique cruciale est de savoir comment savoir-être et savoir-vivre ensemble dans un monde de différences radicales. L’objectif de cet atelier est de réunir à Prague chercheurs français et francophones spécialisés en écologie politique afin de discuter de la manière dont nous pouvons repenser notre habitabilité collective sur Terre au XXIe siècle. L’atelier se concentre en particulier sur les approches féministes et queer pour repenser l’écologie. L’idée n’est pas seulement de repenser l’écologie politique selon les lignes théoriques du vivant, mais aussi de fournir un espace dédié à la nouvelle génération de chercheuses et chercheurs pour faire émerger un dialogue sur leurs idées, sur leurs influences-clés et leurs trajectoires futures.
Programme du 20 novembre
09.50 – 10.00 Introduction
Iwona Janicka, Mateusz Chmurski
10.00 – 11.00 Fatima Ouassak
« Penser pirate »
11.00 – 12.00 Christina Kkona
« Eco-cosmopolitisme queer? »
12.00 – 13.30 Pause déjeuner
13.30 – 15.00 Session 1 : Corps terrestres
Jeanne Etelain
« Essai d’une théorie du corps-zone »
Alžbeta Kuchtová
« Les frontières de mon corps, les frontières du territoire »
Chiara Mengozzi
« Échos de la Terre : prêter l’oreille, aiguiser l’attention »
15.00 – 15.30 Pause-café
15.30 – 17.00 Session 2 : Affectivité et travail
Cannelle Gignoux
« Dynamique cannibale et théorie des sphères chez Nancy Fraser »
Cécile Rosat
« Repenser la responsabilité environnementale comme relationnelle et affective »
Jan Bierhanzl
« Le déracinement (Simone Weil) et le tissu urbain »
17.00 Clôture
Programme du 21 novembre
14:00-15:00
Rétrospective sur l’histoire du programme, allocution de la doyenne, doc. Věra Sokolová (en tchèque et en anglais)
15:15-16:30
Care as taking part
Estelle Ferrarese (Picardie-Jules-Verne University; French University Institute)
in English
Après presque quarante années de discours, les philosophies féministes contemporaines tirent l’éthique du soin dans deux directions opposées. D’un côté, le soin est considéré à travers le prisme de la « crise » qu’il serait en train de traverser : une pénurie toucherait le Nord global, alimentant les migrations et engendrant de nouvelles formes de domination. Dans ce contexte, le soin devient une ressource limitée dont la répartition devrait être reconsidérée. De l’autre côté, le soin est associé aux catégories et aux hypothèses de l’écoféminisme. Dans ce cadre, le soin est une compétence attribuée aux femmes en raison de leur conscience présumée, innée, de leur relation avec la nature.
Contrairement à ces deux modèles, Estelle Ferrarese propose une approche du soin comme participation (au sens de prise de part) aux relations et, en même temps, à une communauté politique. Le travail de soin est à la fois le résultat d’une organisation politique qu’un moyen de la construire, et il est donc important dans le cadre de ce colloque de réfléchir à cette « prise de part ».
Sa présentation offre l’occasion de réfléchir à la croissance mondiale actuelle de la brutalité, à la phrase « je m’en fous » comme style politique, ainsi qu’à la réaction hostile contre le féminisme que cela a suscitée.
Estelle Ferrarese est professeure de philosophie morale et politique à l’Université Picardie Jules Verne (France). Elle est membre senior de l’Institut universitaire de France. Elle a dirigé l’Institut du Genre à Paris de 2020 à 2024.
Elle a été professeure invitée à la New School for Social Research à New York, boursière de la Fondation Alexander von Humboldt à l’Université Humboldt de Berlin et à l’Université de Potsdam.
Elle a publié plusieurs ouvrages, dont Une philosophie des sanglots (Paris, Rivages, 2025) ; Le Marché de la vertu (Paris, Vrin, 2023) (trad. angl. : The Market of Virtue, Edinburgh University Press, a paraitre, 2026) ; Vulnerability and Critical Theory (Boston/Leiden, Brill, 2018) ; La fragilité du souci des autres. Adorno et le care (Lyon, ENS Éditions, 2018) (trad. angl. : Adorno and the Fragility of Caring for Others, Edinburgh University Press, 2020) ; Éthique et politique de l’espace public. Habermas et la discussion (Paris, Vrin, 2015).

