Unification et désunion.

Philosophie de la crise socialiste en Yougoslavie (1945-1990)

7ème session du Séminaire interne du CEFRES 2025-2026
Par la présentation de recherches en cours, l’objectif du Séminaire du CEFRES est de soulever et de soumettre à la discussion des questions de méthodes, d’approches ou de concepts, dans un esprit pluridisciplinaire, permettant à chacun de croiser ses propres perspectives avec les travaux présentés.

Lieu : bibliothèque du CEFRES, Na Florenci 3, Prague 1 et en ligne (pour obtenir le lien, écrivez à cefres(@)cefres.cz)
Date : mardi 31 mars 2026, à 16 h 30
Langue : anglais

Intervenante : Marija MARTINOVIĆ (CEFRES / Sorbonne Université)
Discutant : Milan SOVILJ (Institut d’histoire de l’Académie tchèque des sciences)

Résumé

Cette thèse étudie le socialisme yougoslave de 1945 à 1991 comme un processus philosophique façonné par la tension entre unification et désunion. Plutôt que d’interpréter la crise Yougoslave uniquement comme un échec politique ou économique, elle l’aborde comme l’épuisement progressif d’une idéologie vécue : une idéologie qui visait à transformer la réalité sociale tout en étant continuellement transformée par celle-ci. Le socialisme est ici analysé comme un ensemble de concepts, de pratiques et d’imaginaires collectifs dans lesquels la philosophie était indissociable de la vie politique quotidienne.

L’après-guerre est considéré comme une période d’inventions radicales, marquée par l’émergence d’un nouveau sujet collectif forgé par la lutte révolutionnaire, la reconstruction et la rupture avec l’orthodoxie soviétique. L’autogestion ouvrière occupe une place centrale en tant que pratique socialiste incarnée, exprimant des aspirations émancipatrices et générant à la fois de nouvelles formes de discipline, de coordination et de contrôle. À partir des années 1960, la pensée marxiste critique révèle des tensions croissantes entre l’autonomie philosophique et la surveillance institutionnelle. Les débats intellectuels autour de la liberté, de la moralité et de la critique exposent les limites du pluralisme idéologique au sein du système yougoslave. Les réformes constitutionnelles de 1974 apparaissent comme un effort paradoxal pour légitimer à nouveau le socialisme tout en cristallisant ses contradictions internes.

Les dernières années sont abordées à travers les dynamiques entremêlées de la crise, de la nationalité et de la mémoire, alors que la désintégration du projet collectif réorientait la réflexion philosophique, la production artistique et la mémoire culturelle vers la négociation à la fois de la perte et de la continuité. Le socialisme yougoslave perdure ainsi comme un héritage non résolu dont les paradoxes continuent de façonner la pensée et l’identité post-yougoslaves.

Voici le programme complet du séminaire en 2025–2026 ici.