Sophie Raehme – Recherche & CV

« Visualiser la résistance : le graffiti itinérant “Las Cuchas Tienen la Razón” et la présence fantomatique des Colombiens victimes de disparition forcée en Europe »

Axe 3 – Objets, traces, mises en carte : espaces au quotidien

Mes recherches examinent de manière générale dont les acteurs étatiques et non-étatiques, ainsi que les victimes survivantes, négocient les concepts de réparation collective pour les préjudices liés au genre, intersectionnels et relationnels. Je me concentre particulièrement sur les possibilités et les limites des réparations collectives dans les processus officiels de reconnaissance des victimes. Dans une optique ontologique relationnelle, j’explore la manière dont les cadres de victimisation collective sont construits et contestés dans les discours de la justice transitionnelle et au-delà, particulièrement en lien avec la mémoire territoriale, l’art et la résistance dans le contexte de la paix territoriale  en milieu urbain colombien. Ma recherche s’ancre dans les approches critiques, décoloniales, queers et féministes de la justice transitionnelle, des réparations, du genre et des droits humains. Entre 2022 et 2024, j’ai collaboré étroitement avec un collectif de chercheuses et un groupe LGBT de Medellín dans des projets de documentaires participatifs. L’un de ces projets est actuellement en cours de réédition et devrait être présenté à un festival de films.

Pendant mon séjour au CEFRES, j’explorerai les dimensions transnationales de l’activisme de la mémoire à travers le graffiti itinérant « Las cuchas tienen la razón », créé à l’origine par des jeunes graffeurs et des chercheuses à Medellín. Le projet étudie comment cette intervention visuelle, symbole de résistance territoriale et des luttes menées par la jeunesse et les femmes pour la vérité, la justice et des réparations, a été réinterprétée au sein de la diaspora latino-américaine en Europe, notamment à Vienne, Berlin et Londres. Pour étudier ces mémoires territoriales véhiculées par le graffiti itinérant, j’adopte une méthodologie exploratoire, fondée sur la métaphore des fantômes. « L’ethnographie des fantômes » offre un cadre conceptuel pour examiner comment le trauma et l’absence sont inscrits sur les corps et les espaces urbains, en particulier par le biais du muralisme et du graffiti. Ces  formes de street art fonctionnent comme des archives vivantes de la résistance, souvent négligées dans l’historiographie et l’ethnographie traditionnelles, mais qui occupent une place centrale dans les pratiques mémorielles populaires. Je compléterai cett approche par des entretiens semi-structurés menés auprès de graffeurs et des chercheuses.

Au CEFRES, je compte contribuer principalement à l’axe de recherche 3. Au cours de mon séjour, je présenterai mes résultats et diffuserai le documentaire participatif « Women Walking for Truth – Transforming Voices and Territorial Resistance » (2025).

CV

J’ai obtenu un master de philosophie (2019) à l’Université Goethe (Francfort) et un master d’études internationales (« Peace and Conflict Research », 2020) à l’Université technique de Darmstadt.

En 2024, j’ai donné des cours sur les théories féministes, la réparation climatique et les méthodologies basées sur l’art en tant que chargée d’enseignement internationale au Département des science politique et d’études globales de l’Université des Andes (Bogotá).

En 2025, j’ai été chercheuse invitée au Département d’études de genre de la London School of Economics et au Département de sciences politiques et sociales de l’Institut universitaire européen (Florence).