Archives de catégorie : Appel à contribution

AAC – Trajectoires des migrations roms et mobilités en Europe ou hors d’Europe

Colloque international

Date et lieu : 16-18 septembre 2019, Villa Lanna, Prague
Date limite d’envoi des propositions : 28 février 2019
Organisateurs : Prague Forum for Romani Histories, en collaboration avec le CEFRES
Langue : anglais

Le Prague Forum for Romani Histories de l’Institut d’histoire contemporaine de l’Académie tchèque des sciences publie un appel à contribution pour une conférence internationale consacrée aux migrations des Roms et à leurs mobilités depuis 1945 et jusqu’à aujourd’hui. Le colloque rassemblera des chercheurs d’horizons disciplinaires diverses pour rendre compte à partir d’études empiriques des dimensions multiples des mobilités roms depuis 1945 et analyser les interconnexions existant entre les différentes formes de mobilité des groupes roms par le passé et celles des mouvements récents. La conférence se tiendra à Prague des 16 au 18 septembre 2019. Elle est organisée en collaboration avec le Séminaire d’études roms du département des études centre-européennes de l’Université Charles, la Faculté de sciences sociales et d’économique de l’Université Valle ainsi qu’avec le Jack, Joseph and Morton Mandel Center for Advanced Holocaust Studies du United States Holocaust Memorial Museum.

Depuis une dizaine d’années, un nombre croissant de projets de recherche, de publications et de média se sont penchés sur les migrations et les mobilités des Roms. Ces études n’ont néanmoins que rarement envisagé les continuités historiques et les trajectoires sociales qui donnent aux mouvements migratoires leurs formes actuelles. Des études sociologiques et anthropologiques ont rendu compte des stratégies contemporaines des migrants roms, de la construction de classifications et des politiques dont dépendent ces mobilités. Le trope du nomadisme reste présent dans les discussions comme concept fondateur (souvent sous la forme d’un simple lieu commun) que les chercheurs adoptent ou combattent dans leurs argumentations. Nous invitons les chercheurs à remettre en question l’utilité et les limites de cette dualité et à la dépasser en considérant qu’une grande partie des communautés roms appartiennent en Europe à la population sédentaire locale et en analysant à nouveau frais, à l’aide de nouveaux concepts, le mouvement, les circulations et les migrations de l’après-Seconde Guerre mondiale, ainsi que les mobilités sociales et existencielles qui les accompagnent.

La conférence souhaite apporter une contribution au champ de recherche aujourd’hui naissant des études comparées des mobilités roms en portant un regard croisé sur la seconde moitié du XXe siècle.  Tandis que les recherches les plus récentes ont mit en lumière les souffrances et les persécutions des Roms durant la Seconde Guerre mondiale, l’après-guerre n’a pas bénéficié de la même attention. C’est le cas, par exemple, de la question du retour des Roms dans leurs foyers détruits, des tentatives gouvernementales de réinstallation ou de dispersion forcées des Roms, mais aussi des migrations internes, de travail ou autres, d’individus en quête d’une vie meilleure et séduits par les multiples opportuniés offertes par les grandes villes industrialisées. C’est le cas encore des trajectoires induites par les « programmes de compensation » mis en place par différents organismes étatiques ou internationaux.

Au sein des minorités persécutées, dont les Roms, beaucoup placèrent l’espoir d’un avenir meilleur dans les projets massifs de restructuration des États européens. En Europe centrale, orientale et sud-orientale, la plupart des Roms, comme d’autres, aspiraient à une plus grande mobilité sociale et une participation entière à la société socialiste. Néanmoins, les projets socialistes d’égalité sociale et d’améloriation du « bien commun » s’accompagnèrent eux aussi de déplacements forcés et de diciplination des corprs pour transformer les membres des communautés roms/tsiganes en citoyens des classes laborieuses.

Les aspirations et les trajectoires des mobilités (sociales) des Roms de l’ouest de l’Europe demeurent elles aussi largement méconnues ainsi que la part des mobilités Est-Ouest des Roms dans l’Europe divisée. Nous disposons encore de peu d’études plaçant les mobilités sociales roms dans le cadre des grandes transformations de l’après-guerre, qu’il s’agisse des relations de genre, des (re)négociation des traditions à l’intérieur et entre les communautés, ou encore des mécanismes et des dispositifs de renégociations identitaires roms, en particulier face aux stigmatisations.

Nous invitons donc les participants à analyser les mobilités les plus variées et la façon dont elles entrent en conflit ou en phase avec l’évolution de ce qui constitue les conditions de ces mobilités, aussi bien comprises comme des mouvements physiques de populations que comme des changements de position sociale. Les organisateurs souhaient initier en particulier une discussion théorique et empirique sur les mobilités comme modes de dispersion et de regroupement entre les mobilités forcées et celles, arrachées au contraire, qui initient des mouvements et des espaces autonomes.

Thèmes et de la conférence

La conférence souhaite rassembler des études ancrées dans des recherches empiriques historiques explorant différents types de mobilités en Europe et au-delà. En plaçant ces mobilités dans un contexte politique, social, historique et culturel élargi, les participants sont invités à rendre compte de migrations volontaires aussi bien que forcées et à dégager des types de mobilités  saisonnières ou autres (existencielles, physiques, sociales par exemple) réagissant soit à une oppression soit à l’ouverture de nouvelles possibilités.

Nous engageons en particuliers les personnes intéressées à envisager plusieurs ou une des questions suivantes :

  • Les diverses trajectoires et modes des mobilités roms depuis 1945
  • Le mouvement comme façon d’échapper à l’oppression ou à l’asymétrie des conditions et de saisir de nouvelles possiblités de mobilité sociale
  • Etudes croisant mobilités et différenciations de genre, de classes ou ethniques ou d’autres dimensions de domination sociale
  • Les interconnexions entre les mobilités et les formes de violences (physique, symbolique, quotidienne, structuelle)
  • Les migrations roms et les politiques socialistes modernistes : les stratégies déployées en vue d’une ascension sociales ; programmes de déplacements et de relocalisations forcés
  • La mobilité entre, d’un côté, les politiques d’oppression et les regroupements ou dispersions raciales, et de l’autre la resistance et résilience des individus et des groupes roms
  • Les mouvements pour les droits civiques et politiques des Roms et leur relation avec les mobilités sociales et physiques
  • Continuités et ruptures dans les migrations : situer les mouvements actuels dans les trajectoires passées des migrations et mobilités
  • Les problèmes méthodologiques de l’histoire du présent des migrations et des mobilités roms
  • Essai de conceptualisation et de révision critique des migrations et des mobilités au-delà du concept de nomadisme et des tropes étatiques traditionnels ; remise en question des différents modes de vie, au-delà de l’affirmation d’une « promptitude des Roms/Tsiganes au mouvement »

La conférence consacrera un panel aux recherches issues des fonds d’archives de l’International Tracing Service (ITS). L’ITS possède plus de 35 millions de documents datant de l’Holocauste et rassemblant des informations sur le destin de plus de 17 millions de personnes incarcérées, soumises au travail forcé et déplacées durant la Seconde Guerre mondiale. Son fonds concerne aussi les victimes et les survivants roms ainsi que leurs interactions avec  les organismes de relocalisations et les programmes de réparation. Les propositions qui présenteraient des recherches menées dans les fonds de l’ITS seront particulièrement prises en considération.

Une session publique sera en outre organisée en coopération avec le US Holocaust Memorial Museum in Washington, DC, au cours de laquelle des experts travaillant sur les fonds de l’ITS présenteront les ressources mises à la disposition du public et aideront les participants et les visiteurs à retrouver des documents concernant leurs ancêtres.

Les personnes intéressées sont priées d’envoyer aux organisateurs Jan Grill et Helena Sadílková une présentation de leur contribution résumée en 350 mots maximum et un court CV de 150 mots maximum d’ici au 28 février 2019. Le comité d’organisation fera part de ses décisions avant le 30 mars 2019. La version écrite des contribution devra être envoyée au plus tard le 1er juillet 2019.

Pour toute information, contacter Jan Grill jan.grill@correounivalle.edu.co, et Helena Sadílková helena.sadilkova@ff.cuni.cz

Composition du comité d’organisation :

AAC : Théologies de la révolution. L’Europe du Moyen Âge aux Temps modernes

Journées d’étude

Date : 20 et 21 mai 2019
Lieu
:CEFRES (Na Florenci 3, Prague 1), Centre d’études médiévales (CMS, Jilská 1, Prague 1)
Date limite d’envoi des propositions : 15 Janvier 2019
Organisateur : Martin Pjecha (CEU, CEFRES)
Organisée en collaboration avec : CEFRES, Centre for Medieval Studies (CMS), Central European University (CEU)
Langue : anglais

« L’entrée dans le second millénaire de l’Eglise est une des « révolutions totales » interconnectées déclarées par ceux auquels le paradis et le retour du Christ ont été promis mais auxquels il n’est donné de vivre que le désespoir. Leur haine de ce statu quo, haine de l’absence du ciel, attint une telle force qu’ils se battirent pour apporter le ciel en ce monde. »[1]

La lecture désormais classique que livre Eugen Rosenstock-Huessy des révolutions européennes du Moyen Âge et des Temps modernes[2] ménage une place centrale au point de vue religieux. Il était, autrefois, quasiment impensable de déposer un souverain ou d’abolir les hiérarchies – impensable en particulier que le peuple puisse ce faire – du fait de la signification de ces derniers pour le maintien de l’ordre « politique » et « religieux ». Depuis Rosenstock-Huessy, néanmoins, pour expliquer ces violences, les chercheurs ont préféré mettre en avant des raisons socio-économiques, politico-idéologiques, ethno-linguistiques et généralement matérialistes, au gré des courants historiographiques, plutôt que les motivations religieuses et théologiques que seule la révolution iranienne de 1979 a ramené sur la scène académique. Les résultats de recherches interdisciplinaires suggèrent que ce que l’on qualifie aujourd’hui de « religieux » correspond à des structures sémantiques internes utilisées par les acteurs pour exprimer et façonner leurs propres actions en s’adaptant à des récits sur l’au-delà (augustinien, apocalyptique, mystique, etc.) ou en transformant ces récits à l’aide d’idées nouvelles ou de redécouvertes (humanisme, joachisme, platonisme chrétien, etc.).

Les chercheurs ont encore aujourd’hui du mal a trouver un équilibre entre explications « emic » et « etic » de l’action révolutionnaire, tandis que les mouvements et les penseurs ayant défini leur action violente et révolutionnaire en termes théologiques, ou en termes ne séparant pas clairement le « religieux » du « politique », sont apparus depuis le XIVe siècle au moins: les frères apostoliques, Cola de Rienzo en Italie, les hussites en Bohême, Thomas Müntzer dans les pays allemands, György Dozsa en Hongrie, les Lollards et Oliver Cromwell en Angleterre. La liste pourrait aussi inclure des événements comme la Révolution française, celle pan-européenne de 1848 et la révolution russe, qui n’ont pas fait l’objet d’analyses théologiques. Ces mouvements se sont développés et ont innové à partir de cadres de compréhension déjà existants en matière de condition humaine et d’histoire, de perfectabilité du monde, de relation des hommes à Dieu, non seulement en vue de légitimer des actes violents (a posteriori) mais pour leur conférer leur motivation, leur direction et leur forme.

Cette journée d’étude souhaite apporter une réflexion autour des thématiques de la révolution à l’ouest et l’est de l’Europe depuis le Moyen Age jusqu’aux Temps modernes. Elle souhaite saisir ce qu’implique une réouverture du débat historien qui prenne au sérieux le facteur politico-religieux dans les révolutions. Nous souhaitons en particulier que soient pris compte des champs géographiques et chronologiques élargis et accueillerons les approches nouvelles et interdisciplinaires qui remettent en question les récits établis. La journée sera organisée de façon thématique et invitera les participants à interagir.

Les questions que nous souhaitons aborder sont en particulier sont :

  • Est-ce que les « révolutions totales » du second millénaire ont une forme religieuse commune ?
  • Est-ce que l’homme moderne est né de la revolution ?
  • Dans quelle mesure peut-ont comparer les révolutions, les considérer dans en continuité avec des tendances, ou au contraire dans leur unicité ?
  • En quoi les figures hétérodoxes culturelles, intellectuelles et/ou religieuses qui ont mené les rébellions et les révolutions étaient novatrices ?
  • Y a-t-il des événements uniques en matière de rébellions et de révolutions dans l’histoire européenne ?
  • Quelles méthodologies peuvent nous permettre de dépasser l’approche matérialiste des sociétés et de l’économie ?
  • Dans quelle mesure les « nouvelles » idées et traditions nées dans des périodes passées ont influencé la pensée religieuse qui les ont suivies ?
Conférenciers invités
  • Phillip Haberkern (Boston University)
  • Matthias Riedl (Central European University, Budapest)
Comité scientifique de la conférence
  • Jérôme Heurtaux (Centre français de recherche en sciences sociales, Prague)
  • Matthias Riedl (Central European University, Budapest)
  • Pavel Soukup (Centre pour les études médiévales, Prague)
  • Martin Pjecha (doctorant, CEU/CEFRES)

Les personnes intéressées sont priées d’envoyer un court résumé (200-300 mots) de la contribution qu’ils proposent d’ici au 15 janvier 2019 à  Martin Pjecha (Pjecha_Martin |at| phd.ceu.edu) en expliquant en particulier en quoi elle contribue au thème proposé. Les participants, outre leur présentation de 20 minutes, seront invités à prendre une part active aux discussions qui se tiendront en anglais.

Les intervenants qui n’auraient pas les moyens de financer leur participation à la journée d’étude sont priés de faire la demande d’un soutien en envoyant leur proposition de contribution. Les demandes seront examinées dans la limite des moyens disponibles.

[1] Wayne Cristaudo, “Eugen Rosenstock-Huessy”, The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Winter 2017 Edition), Edward N. Zalta (ed.), URL = <https://plato.stanford.edu/archives/win2017/entries/rosenstock-huessy/>.

[2] En particulier dans : Die europäischen Revolutionen und der Charakter der Nationen (1931).

AAC – Futurs porcins 1. Re-negocier le “sauvage” dans un monde plus qu’humain

Journée d’étude
Organisateurs
: Équipe de recherche du CEFRES Déroutant sanglier – Aníbal Arregui, Luděk Brož, Marianna Szczygielska, Virginie Vaté & Erica von Essen (Swedish University of Agricultural Sciences)
Date
: 16 & 17 octobre 2018
Lieu : Prague (adresse à préciser)
Langue : anglais

Popular media reports reveal that in many places of our planet animals considered “wild” attract significant public attention as they (re)enter into what we used to think were almost exclusively human habitats. Continuer la lecture de AAC – Futurs porcins 1. Re-negocier le “sauvage” dans un monde plus qu’humain

Les normes de l’écriture scientifique en discussion

Dates et lieu : 23-24 mai 2018, Prague
Date-limite d’envoi des propositions : 2 avril 2018
Organisateur : Julien Wacquez (EHESS, CESPRA, CEFRES)
Organisations partenaires: CEFRES, Institut de philosophie de l’Académie tchèque des sciences, EHESS, Université Charles
Langue : anglais

La journée est ouverte à des jeunes chercheurs (doctorat et post-doctorat) issus de diverses disciplines anglophones de France et des pays de Višegrad ainsi qu’à l’équipe du CEFRES. Merci d’envoyer votre proposition de communication assortie d’un titre (environ 300 mots) et un bref CV à Julien Wacquez : julien.wacquez@cefres.cz

Notre atelier se déroulera en deux jours : Continuer la lecture de Les normes de l’écriture scientifique en discussion

Quand tous les chemins menaient à Paris. Les échanges artistiques entre la France et l’Europe médiane au cours du XIXe siècle

Date limite d’envoi des propositions : 18 mars 2018
Organisatrices : Kristýna Hochmuth (UDU FF UK, NG) et Adéla Klinerová (CEFRES / ÚDU FF UK & EPHE)
Partenaires : CEFRES, ÚDU FF UK, ÚDU AV ČR, NG
Dates et lieu : 26-27 juin 2018, AV ČR, Národní 1009/3, Prague 1, salle 205
Langues : français, anglais

Aspects pratiques

La présente journée d’étude organisée par le CEFRES, l’Institut d’Histoire de l’Art de la Faculté des Lettres de l’Université Charles (ÚDU FF UK), la Galerie nationale de Prague (NG) et l’Institut d’Histoire de l’Art de l’Académie des sciences de la République tchèque (ÚDU AV ČR) est destinée aux doctorants, post-doctorants et jeunes chercheurs. Les échanges seront ouverts par une conférence inaugurale du professeur  Marek Zgórniak (Institut de l’Histoire de l’Art, Université Jagellonne, Cracovie)  et se prolongeront au cours d’un programme complémentaire destiné aux participants actifs et ouvert au public. Les communications n’excéderont pas 25 minutes et seront suivies de discussions.

Merci de faire parvenir aux deux organisatrices vos propositions de communications de 1800 à 3600 signes, en français ou en anglais, avant le 18 mars 2018, avec le formulaire de candidature rempli. Le comité de sélection contactera les candidats retenus au plus tard le 20 avril 2018. Les frais de déplacement et d’hébergement des participants ne peuvent être pris en charge par les organisateurs, mais nous proposons notre aide pour réserver le logement à Prague. La publication des travaux de la journée est prévue.

Télédécharger le formulaire de candidature ici

Argumentaire

La présente journée d’étude sera centrée sur les échanges artistiques au cours du long XIXe siècle (1789-1914) entre la France et l’Europe médiane (de l’Allemagne à la Russie).
On le sait, Paris a incarné une capitale culturelle éminente au XIXe siècle, et plus encore vers le tournant du siècle. Du moins est-ce ainsi qu’elle a souvent été évoquée par les artistes de l’Europe médiane qui souhaitaient en franchir les boulevards. Un imaginaire de la modernité française en Europe médiane a vu dans la France, et Paris surtout, une maturité de la vie culturelle et une richesse dans ses réalisations architecturales grandioses, dont l’Opéra Garnier était paradigmatique, mais aussi le lieu de l’émergence de courants artistiques novateurs.

Le but de cette rencontre est de reprendre ce sujet classique en histoire de l’art qu’est le rayonnement de la France artistique, et de l’analyser du point de vue de la théorie des transferts culturels. Il est ainsi question des différents aspects de la diffusion de la culture française à travers le domaine des beaux-arts (peinture, sculpture, architecture, arts appliqués, muséologie et protection du patrimoine).

D’abord, il faut s’interroger davantage sur les phénomènes propres au milieu français ou parisien qui ont retenu un tel intérêt auprès de la communauté artistique européenne et donc, sur les motivations des échanges culturels. Ceux-ci incluent la circulation de modèles, savoirs, pratiques, idées, motifs et formes, ou encore l’assimilation des structures institutionnelles.
Ensuite, il est question des réseaux permettant ces échanges, qui se constituent à partir des lieux de médiation et grâce à des médiateurs. Mentionnons ainsi le rôle des ateliers, musées, colonies d’artistes, revues artistiques ou professionnelles, associations artistiques, salons et cercles intellectuels, etc. Les médiateurs individuels ne se réduisent quant à eux pas aux artistes eux-mêmes, mais incluent les commanditaires, marchands d’art, galeristes, théoriciens et critiques d’art.
Enfin, la réception, l’appropriation et la réinterprétation des données au sein des cultures d’accueil doit être analysée. Les conditions dans lesquelles se produisent les échanges artistiques peuvent être déterminées par la situation politique et économique, selon l’ouverture d’une société vers le cosmopolitisme ou son rejet, l’accentuation ou non des idées nationales, ou encore par le fonctionnement du cadre institutionnel.

Le XIXe siècle est une époque fondatrice à bien des égards. Dans le contexte des beaux-arts, il faut souligner le développement du cadre institutionnel, qui touche à la fondation de musées et galeries, de sociétés d’artistes, architectes et ingénieurs, à la création des revues artistiques, au déploiement du marché de l’art ou encore à la naissance du système de la protection du patrimoine. Le XIXe siècle représente en même temps une époque de changements profonds. Les capitales européennes vivent une transformation urbaine importante et se trouvent souvent en chantier. L’architecture doit ainsi répondre aux nouveaux besoins de la société. L’aristocratie européenne, tout en gardant une place considérable parmi les commanditaires, joue désormais son rôle aux côtés de la nouvelle bourgeoisie, pour ne nommer que quelques phénomènes pertinents pour notre focus. Enfin, dans le contexte respectif des échanges culturels, il est important de prendre en considération la polarité entre la volonté de sauvegarder la tradition locale et celle d’assimiler des éléments novateurs.

Les propositions peuvent s’inscrire dans les thématiques suivantes :

Enseignement et formation artistique : L’enseignement poursuivi dans les établissements en Europe a pu, dans certains cas, contribuer à l’acquisition d’une meilleure connaissance de l’art français et de son histoire. D’un autre côté, beaucoup d’artistes ont voulu se rendre à Paris pour bénéficier de l’enseignement à l’Académie des beaux-arts ou bien dans des ateliers privés. Pour cette raison, la composition sociologique des élèves se situera au cœur de nos réflexions. Les pratiques quotidiennes dans les ateliers, y compris les aides pédagogiques utilisées (modèles, publications diverses), constituent également un important aspect à traiter.

Migration artistique : La migration artistique représente le véhicule majeur du flux culturel. L’enseignement est un des phénomènes qui la provoquent, mais il faut en identifier d’autres : les commandes reçues à l’étranger ou bien le pouvoir d’attraction des grandes expositions, des personnages artistiques renommés, des courants artistiques à la mode. La migration a lieu à diverses échelles : voyages de courte durée, séjours plus longs, voire installation des artistes à l’étranger. Il est souhaitable que les contributions valorisent des sources témoignant de la migration artistiques (carnets, agendas et récits de voyage, correspondance, catalogues d’exposition).

Style et expression artistiques : Quels sont les éléments novateurs qui ont initié une fascination pour l’art français ? De quelle façon les échanges effectués ont-ils marqué la production artistique dans l’espace des pays de l’Europe médiane ? Comment la référence à l’art français était-elle reçue à l’étranger ? Que signifiait-elle ? Comment le phénomène évolue-t-il par rapport aux générations successives ?

Topographie des transferts culturels : Il est ici question de la restitution des voies de transmission au sens géographique, et de l’importance du réseau des villes. La portée des villes de Paris, Vienne, Berlin ou Munich comme à la fois centres culturels et nœuds d’information et de transport pourra ainsi être prise en compte.

Bibliographie indicative

  • BIRKE Ernst : Frankreich und Ostmitteleuropa im 19. Jahrhunderts. Cologne/Graz, 1960.
  • CHARLE Christophe : La Dérégulation culturelle. Essai d’histoire des cultures en Europe au XIXe siècle, Paris, 2015.
  • CHARLE Christophe (éd.) : Le temps des capitales culturelles. XVIIIe-XXe siècles, Seyssel (Ain), 2009.
  • ESPAGNE Michel, WERNER Michaël (dir.) : Transferts. Les relations interculturelles dans l’espace franco-allemand (XVIIIe et XIXe siècle), Paris, 1988.
  • FERENČUHOVÁ Bohumila (dir.) : La France et l’Europe centrale. Les relations entre la France et l’Europe centrale en 1867-1914. Impacts et images réciproques, Bratislava, 1995.
  • FERENČUHOVÁ Bohumila, GEORGET Jean-Louis (éds.) : Politické a kultúrne transfery medzi Francúzskom, Nemeckom a strednou Európou (1840-1945). Prípad Slovenska, Bratislava, 2010.
  • HUEMER Christian : Paris – Vienna. Modern art markets and the transmission of culture, 1873–1939, Dissertation, City University of New York, 2013.
  • HORSKÁ Pavla : Prague – Paris, Prague, 1990.
  • HORSKÁ Pavla : Sladká Francie, Prague, 1996.
  • MARÈS Antoine (dir.) : La France et l’Europe centrale. Médiateurs et médiations, Paris, 2015.
  • NERLICH France : La peinture française en Allemagne, 1815-1870), Paris, 2010.
  • NERLICH France, BONNET Alain (dir.) : Apprendre à peindre. Les ateliers privés à Paris, 1780-1863, Actes du colloque (Tours juin 2011), Tours, 2013.
  • NERLICH France, SAVOY Bénédicte et al. (dir.) : Pariser Lehrjahre. Ein Lexikon zur Ausbildung deutscher Maler in der französischen Hauptstadt, Bd II, 1844-1870, Berlin/ Boston, 2015.
  • SAVICKÝ Nikolaj : Francouzské moderní umění a česká politika v letech 1900-1939, Prague, 2011.
  • ZGÓRNIAK Marek : Wokół neorenesansu w architekturze XIX wieku, Cracovie, 1987, rééd. Cracovie, 2013.
  • ZGÓRNIAK Marek : « Polscy uczniowie Académie Julian do roku 1919 / Polish students at the Académie Julian until 1919 », in: RIHA Journal, août 2012 (sans numéros de pages).

Illustration : Viktor Barvitius, Place de la Concorde à Paris, étude, détail, 1866, NG Prague

Voltaire, du Rhin au Danube (XVIIIe-XIXe siècles)

Journées Voltaire

Date-limite pour l’envoi des propositions : 20 février 2018
Organisateur : Guillaume Métayer (CELLF – CNRS)
Partenaires : CELLF (UMR 8599), Société des Études Voltairiennes, CEFRES, CERCLL (Université Jules Verne de Picardie)
Dates et lieu : 22-23 juin 2018, Université Paris-Sorbonne
Langue : français, interventions en anglais possibles
Contact : gme.metayer@gmail.com

Argumentaire

S’il est un écrivain et philosophe français des Lumières qui a entretenu d’intenses relations avec le monde germanique, c’est bien Voltaire. Outre ses nombreux séjours en Allemagne, et son célèbre appointement à la cour de Prusse auprès de Frédéric II, Voltaire a fréquenté Gotha, ou encore Aix-la-Chapelle. Surtout, de ses visites et relations et, plus encore, de ses lectures, sont nées de nombreuses œuvres de genres divers, parmi lesquelles la plus célèbre, Candide (1759), ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Par-delà cette fameuse Westphalie de fantaisie et de philosophie, L’Essai sur les Mœurs (1756) consacre des chapitres essentiels à cette histoire, dont Voltaire a donné ailleurs, à la demande de la duchesse de Saxe-Gotha, une autre version, plus détaillée : Les Annales de l’Empire (1753). L’Histoire de la guerre de 1741 (fondue et réaménagée dans le Précis du Siècle de Louis XV) ménage également une grande place à cet ensemble politique et culturel aux frontières mouvantes. Des questions aussi essentielles que la lutte du pouvoir temporel et spirituel, notamment entre la papauté et le Saint-Empire, la problématique de la Réforme et plus généralement de l’identité religieuse et politique de l’Europe sont donc placées au cœur de ses réflexions et de son travail d’historien.

Pourtant, l’intensité de l’intérêt de Voltaire pour l’Allemagne est lestée d’une ambiguïté et d’une ambivalence profondes : elle concerne avant tout la politique, l’histoire de l’Empire et l’espoir tout contemporain et tourné vers l’avenir de l’avènement d’un « roi philosophe » à Berlin, au détriment de la littérature, la langue ou les arts allemands, qu’il tient en piètre estime et raille volontiers. Or, à ce déséquilibre répond certainement à la fois la richesse et la nature souvent polémique de la réception de Voltaire dans le monde germanique : après une période où dominent ses imitateurs, Voltaire est devenu, à de rares exceptions près et sans négliger les nuances (Schiller, Goethe, Heine), la cible privilégiée du renouveau littéraire et philosophique allemand. Avant même le romantisme, Lessing avait donné le ton d’une tradition critique acharnée dont August Wilhelm Schlegel reprit le cinglant héritage. Il faut, semble-t-il, attendre les années 1870 pour qu’autour de David Friedrich Strauss, Dubois-Reymond, et surtout Nietzsche, la figure de Voltaire se transforme et redevienne, dans cette aire culturelle, une grande référence des Lumières européennes.

C’est cette interaction, dans le temps, entre la perception du monde germanique chez Voltaire et la réception allemande et centre-européenne de l’écrivain philosophe, dont ces Journées, quarante ans après le colloque de Mannheim*, souhaiteraient rouvrir le chantier, en s’appuyant tant sur les études de réception, de diffusion, de traduction, que sur des monographies séminales, en dialectisant, autant que possible, les deux pans de cette Wechselwirkung herméneutique. Le cas des possessions de l’Autriche (la Hongrie, la Galicie, etc.) pourra être également abordé.

* Voltaire und Deutschland. Quellen und Untersuchungen zur Rezeption der Französischen Aufklärung. Internationales Kolloquium der Universität Mannheim zum 200. Todestag Voltaires [Mannheim, 1978], Stuttgart 1979.