La cartographie et l’histoire de l’art en dialogue

La cartographie et l’histoire de l’art en dialogue. Réflexion sur la fonction des cartes dans l’iconologie warburgienne.

Cinquième session du Séminaire interdisciplinaire francophone du CEFRES 2023-2024 : La carte et la frontière
En 2023, nous souhaiterions commencer par interroger l’acte même de délimiter et de représenter (un territoire, une période, une trajectoire), bref, à l’aide du feu croisée de nos disciplines respectives, interroger la carte et la frontière.

Lieu : Bibliothèque du CEFRES, Na Florenci 3, Prague 1
Date : le vendredi 15 mars 2024 de 10h à 11h30
Langue : français

Intervenante : Lara BONNEAU, l’Institut de philosophie de l’Académie tchèque des sciences (FLÚ – AV ČR), chercheuse associée au CEFRES
Discutante : Danièle COHN, Université Paris 1

La tendance à l’ornementation du geste graphique a-t-elle représenté un obstacle de la cartographie ? Ou pour le dire autrement : la cartographie a-t-elle dû se déprendre de sa dimension artistique, trop pétrie de vie sensible et affective, pour se faire abstraction planimétrique ? Questions centrales pour l’historien de l’art allemand Aby Warburg qui pensait le geste cartographique comme l’une des modalités de la prise de distance psychique à l’égard du sensible. En donnant des contours à ce qui se présente comme mouvant, changeant, voire chaotique dans l’expérience perceptive, en lui attribuant une place au sein d’un ordre (kosmos), et en le présentant dans l’espace plutôt que dans le temps, la mise en carte a une fonction psychique : donner au sujet des points où s’arrimer et prendre ainsi ses distances avec le réel. Néanmoins, comme en témoignent les cartes du ciel astrologiques peuplées de démons, la cartographie ne saurait abolir totalement la dimension à la fois phobique et désirante de notre rapport au monde et à l’univers. Les cartes comprennent une dimension sensible, « cosmétique », qui ne s’oppose peut-être pas frontalement à l’ambition de mise en ordre cosmique. Pour étudier la façon dont ces démons eux-mêmes se sont déplacés historiquement, fécondant durablement la tradition iconographique autant que les tentatives scientifiques de conquête de l’espace de penser, Aby Warburg est conduit à tracer à son tour… des cartes, celles des routes migratoires des motifs et des styles, des « formules de pathos » d’Athènes à Babylone, de Babylone à l’Europe du Sud puis du Nord. En nous appuyant notamment sur les travaux récents de Phillipe Despoix (2023), nous nous efforcerons de présenter la fonction de la cartographie dans l’iconologie warburgienne.

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